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La Grande Route de la Soie qui reliait pendant plus de quinze siecles l'est et l'ouest du plus grand continent etait une des meilleures reussites de l'humanite. C'etait une grande marmite ou etaient melangees la vie meme, le commerce et de divers domaines d'activites. C'etait l'espace de rencontre et de fusion des cultures, des arts et des sciences, des savoir-faire.

En effet, la Grande Route de la Soie etait un grand ensemble de chemins qui se regroupaient en deux grands itineraires, separes jusqu'au IIe siecle avant J.-C. par les chaines de montagnes de Tian-Chan, Kunlun, Karakorum, Hindou-Kouch, Himalaya. Jusqu'a ce moment-la, les habitants de l'Europe, de l'Egypte, de l'Arabie, de la Mesopotamie, du Proche Orient et de l'Asie Centrale, de la Grece et de Rome, relies par des chemins de caravane depuis des siecles ne se doutaient meme pas de l'existence de l'immense empire chinois, un des plus anciens au monde.

L'empire du Milieu, ferme au monde occidental, trace par de milliers de chemins, ne pensait meme pas qu'il y avait de riches pays avec des nombreuses villes tout pres. Le premier qui s'en est apercu etait ambassadeur chinois Zhang Qian: il a commence son periple en 138 avant J.-C. et, apres de multiples epreuves, s'est trouve en Asie Centrale. Il a redige un rapport detaille, adresse a l'empereur, ou il decrivait son sejour au Davan (vallee de Ferghana), au Kangju, en Sogdiane et en Bactriane. L'ambassadeur etait charme par de celebres coursiers de Davan, appeles par les chinois "chevaux de Ciel", bien differents des chevaux trapus chinois. D'apres la legende, l'empereur chinois en avait besoin pour s'elever au Ciel et devenir immortel.

En echange, les chinois proposaient leurs produits. D'apres les historiens, la premiere caravane chargee de soie, marchandise extremement couteuse et compacte, de miroirs (et non seulement en bronze), s'est mise en route pour la vallee de Ferghana en 121 avant J.-C. A ce propos, une trouvaille de l'expedition archeologique franco-ouzbek – tombeau d'une "princesse chinoise" a 35 km de Samarcande – se revele particulierement. Parmi de nombreux bijoux en or, un miroir chinois en alliage enigmatique y a ete egalement retrouve. La "princesse" devait etre habillee en soie, mais le tissu n'a pu resister au temps.

Les marchandises de Chine inouis, surtout la soie, ont vite gagne la popularite en Asie Centrale et en dehors de cette region, d'abord en Perse, puis tout au long de la partie occidentale de la Grande Route de la Soie qui, d'ailleurs, n'a recu ce nom qu'en 1877 grace au geographe allemand Ferdinand Richthofen.

Les romains appelaient la soie "le voile chinois" et payaient des sommes fabuleuses pour ce tissu qui, entre autre, etait une excellente protection contre des insectes et des parasites. Les chinois gardaient tres longtemps le secret de fabrication de la soie: les europeens croyaient meme qu'elle poussait sur les arbres. Mais, a cause de l'espionnage industriel (en termes d'aujourd'hui), les chinois ont perdu le monopole de la soie.

La soie n'est pas la seule acquisition du monde occidental. Plusieurs produits chinois etaient en demande en Europe: la porcelaine chinoise tres fine avec de beaux motifs, des pieces laquees et en bronze, des medicaments, des parfums, le the, le riz et, bien sur, le papier dont les secrets de fabrication les chinois avaient decouvert les premiers. La boussole aurait ete une invention chinoise, elle aussi.

Mais les chinois en profitaient, eux aussi: ils ont eu non seulement des coursiers mais encore du fourrage pour eux – la luzerne. Outre les "chevaux de Ciel", la Chine importait des chameaux, des moutons, des chiens de chasse, et meme des lions avec des guepards.

Les chinois ont commence a cultiver le coton, les haricots, les oignons, les concombres, les carottes, la noix, la grenade, les figues, les peches, les pasteques, les melons, le raisin. Les chinois ont goute au vin de raisin…

Outre cela, la Chine importait des produits centrasiatiques dont les tissus de laine, inconnus en Chine, les tapis, les armes, l'or, l'argent, les pierres semi-precieuses, les objets en verre de Samarcande, le cuir, les tissus en coton, les tissus brodes en fils d'or. C'est a travers l'Asie Centrale que la Chine importait les marchandises de l'Europe Occidentale et Centrale, des pays mediterraneens, du Proche Orient, des pays de Caucase…

La Grande Route de la Soie est devenue l'intermediaire des valeurs non seulement materielles mais aussi spirituelles. Arrivant avec les caravanes des commercants de l'Inde, les moines bouddhiques professaient leur religion d'abord en Asie Centrale (du Ier au IIIe siecle), puis en Chine (du IVe au VIe siecle) et au Japon.

Plusieurs monuments de bouddhisme ont ete decouverts sur le territoire de l'Ouzbekistan. Le site Dalverzintepa, a 60 km de Termez, est mondialement connu – monument de l'epoque kouchane ou ont ete retrouvees les ruines d'un sanctuaire bouddhique avec de nombreuses sculptures (Ier siecle apres J.-C.). Les archeologues y ont egalement retrouve la sculpture de la tete d'un prince kouchan au couvre-chef pointu. Non loin, dans un autre ensemble bouddhique, ont ete retrouvees les statues de Bouddha et des boddhisattvas. Sur le site Karatepa, l'expedition archeologique ouzbek-japonaise a entrepris des fouilles  des habitations des moines bouddhiques, non loin se trouve les ruines d'un monastere bouddhique avec un stupa bien conserve.

Au IIIe siecle, la Grande Route de la Soie servait egalement de voie de propagation du manicheisme (synthese du zoroastrisme avec la chretiente), puis de l'heresie nestorienne et de la chretiente elle-meme, et, depuis le VIIIe sicle, de l'islam. Au XIVe siecle, l'islam supplante le bouddhisme du Turkestan de l'est (aujourd'hui le Xinjiang).

La Grande Route de la Soie, c'est non seulement des caravanes a plusieurs centaines voire aux milliers de chameaux et de chevaux (se deplacer en petits groupes etait trop dangereux), mais aussi un grand nombre "d'entreprises accessoires": les caravane-serails, combinant les fonctions des hotels pour les negociants et le personnel, des depots, des ecuries, des greniers a foin et a ble; les puits; les douanes, les points d'echange d'argents etc. En partant en expedition, les commercants craignaient d'avoir des grosses sommes d'argent, et, depuis le Xe siecle, la periode ou les musulmans et les juifs commencent a controler les echanges commerciaux sur la Grande Route de la Soie, preferaient de confier leur argent aux changeurs contre un recu ("cheque" en persan) qu'ils pouvaient ensuite echanger contre l'argent dans les villes sur la Route de la Soie ou residaient les hommes de confiance des changeurs.

La Grande Route de la Soie assurait l'existence voire la prosperite d'un gigantesque nombre de gens habitant les territoires tout au long de la Route, depuis l'Atlantique jusqu'au Pacifique, y compris des nomades qui s'engageaient a escorter les caravanes pour les proteger contre d'autres nomades et a fournir aux caravaniers des betes de somme et des provisions. Les gouverneurs des pays a travers lesquels passait la Grande Route etaient interesse de recevoir des taxes de douane et editaient des decrets en vue de protection des commercants. A l'epoque d'Amir Timour, le gouverner de la province, ou une caravane a ete detroussee, etait oblige de recompenser la perte aux commercants ou a leurs heritiers au double, et au quintuple a la caisse d'etat. Bon gre, mal gre, le gouverneur etait oblige d'assurer le regime de securite pour les caravanes.

Le long des chemins de caravanes apparaissaient de nouvelles villes et prosperaient des anciennes. Le commerce favorisait le developpement des artisanats, des sciences et des arts; les gens s'enrichissaient de nouveaux savoirs et savoir-faire. Ces echanges se refletaient dans l'urbanisme et l'architecture: le mausolee des Timourides Gour-Emir a Samarcande, le palais Ak-Saray a Chakhrissabz, la mosquee Khodji Akhmad Yassavi a Yassa reunissent des styles architecturaux, des formes, des techniques de construction de differents pays. Il suffit de dire qu'a ces chantiers travaillaient non seulement des architectes d'Asie Centrale mais encore ceux d'Azerbaidjan, d'Armenie, de Georgie, d'Inde, d'Iran, d'Iraq, de Syrie…

Les plus grands centres de cette epoque, des hubs en termes d'aujourd'hui, etaient les anciennes villes et regions de l'Ouzbekistan dont le Davan, Samarcande, Boukhara, le Khorezm, Termez… C'etaient des centres de la vie non seulement economique, mais aussi culturelle. Le rythme de vie se sentait surtout aux marches, populeux et multilingues, ou les citadins et les etrangers apprenaient des nouvelles, des prix, ecoutaient les artistes, les musiciens, les conteurs, admiraient les danses et les spectacles de funambules. Au marche, les negociants avaient l'opportunite d'echanger ou de vendre leurs marchandises car ceux qui faisaient toute la Route etaient rarissimes: elle avait environ 12 000 km! Parmi les voyageurs, pratiquement personne ne pouvait s'imaginer a quel point la Route etait grandiose: ils n'en connaissaient qu'un petit trajet, une moitie au mieux.

On estime que Marco Polo etait le premier qui a fait les europeens decouvrir l'immensite du continent eurasiatique et les pays orientaux aussi: il serait passe toute la Grande Route de la Soie a la fin du XIIIe au debut du XIVe siecle.

La Grande Route de la Soie a connu plusieurs periodes d'epanouissement et de decadence. Pareille a une riviere capricieuse, elle changeait de lits, en contournant les passages devenus dangereux.

Du XIIIe au XIVe siecle vit son dernier essor. Les mongols avec Gengis-khan a la tete, ayant soumis en 1210-1250 tous les pays depuis la Chine jusqu'a l'Iran et la Russie, ont etabli le controle sur la quasi-totalite du principal itineraire commercial pour un siecle et demi. Or, dans la 2e moitie du XIVe siecle, la Route, vieille de quinze siecles, est tombe en decadence, malgre l'effort d'Amir Timour de reunir tous les itineraires eurasiatiques. L'effet n'etait que temporaire, car, aux XIVe et XVe siecles, le commerce maritime (navigation cotiere pres du Proche Orient, l'Asie du sud et du sud-est) a connu un veritable essor. Comparez: la route maritime du Golfe Persique a la Chine ne prenait que 150 jours tandis qu'une caravane mettait environ 300 jours pour faire Pekin – Azov. En plus, un navire pouvait transporter autant de charge que mille de bete de somme.

C'etait le trajet reliant la Chine a l'Asie Centrale qui a fonctionne plus longtemps que les autres: le commerce caravanier n'y a cesse qu'au XVIIIe siecle.