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Maison / Ouzbekistan / Villes / Boukhara

 
Boukhoro - i - Charif, «Boukhara la sainte», «Boukhara la noble», «La ville de poésies et de contes», «Le Dôme de l’islam», «Le Pilier de la religion». Tous ces éloges sont adressés à Boukhara; la ville dont seul le nom faisait et fait rêver, le ville qui, comme un aimant gigantesque, attire les touristes de tous les continents malgré son climat chaud et sec en été.

Fondée au Ve s. av. J.-C., la ville a plusieurs fois changé de nom: Noumijkent, Poukho, Boukho, avant de devenir Boukhoro, en ouzbek, et Boukhara, en russe. L’histoire de la ville est riche en événements politiques:

Ve - IVe ss. av. J.-C. – la ville fait partie  de l’empire des Achéménides

329 av. J.-C. – prise de la ville par Alexandre le Grand

Ier  av. J.-C. - IVe s. – une ville importante de l’empire Kouchan

IVe s. – la ville est incluse dans l’Etat des Hephthalites

VI- VIIe ss. – Boukhara fait partie du Kaganat turc

709 – prise de la ville par Arabes

829 - 999 – capitale de l’Etat des Samanides

XIe - XIIe ss. – ville karakhanide

1212 - 1220 – fait partie de l’Etat des Khorezmchahs

1220 - 1370 – fait partie de l’Oulous de Djagataï

1370 - XVe s. – fait partie de l’Etat d’Amir Timour et des Timourides

XVIe - XVIIe ss. – la capitale du Khanat de Boukhara sous les Cheïbanides et les Achtarkhanides

XVIIe - 1920 – capitale de l’émirat de Boukhara sous les Manghyts

1873 - 1920 – sous le protectorat de la Russie tsariste

1920 – capitale de la République Populaire de Boukhara

1925 –  fait partie de la République Socialiste Soviétique d’Ouzbékistan

1991 – unité administrative de la République d’Ouzbékistan

La Boukhara d’aujourd’hui s’étend sur plus de 710 hectares et compte plus de 170 monuments d’architecture, chronique en pierre et en brique.

Boukhara qui compte aujourd’hui plus de 270 000 habitants est une ville cosmopolite où se cotoyent les représentants de plus de 80 ethnies.

La logique dicte de commencer la découverte de Boukhara par la visite du plus ancien monument d’architecture qui mérite, à bonne raison, le laudatif de «perle de l’Orient», le mausolée d’Ismaïl Samani, ou le mausolée des Samanides (fin du IXe s – déb. du Xe s.). La construction du mausolée remonte à l’une des plus grandes heures de Boukhara, la période samanide.

L’architectectonique du mausolée cumule les éléments de construction et de décor sogdiens, zoroastriens, iraniens. La forme du mausolée, un cube à façades égales surmonté d’un dôme avec des briques en saillie, représente l’organisation de notre univers (la terre et le ciel) et rappelle les temples zoroastriens. Les disques solaires qui décorent  l’extérieur et  l’intérieur du mausolée  poursuivent le thème du culte du soleil. Une galerie à dix arcades de chaque côté sert d’éclairage et de ventilation. Le passage de la forme carré du bâtiment à la forme sphérique du dôme est réalisé grâce aux huits trompes, arcs ogivaux. Tout le bâtiments est construit en briques cuites qui, un peu façonnées, sont utilisées aussi comme décor. Grâce à la disposition des briques, un vrai travail d’artiste, le mausolée change de couleur en fonction  du solstice. Une vrai merveille!

Le mausolée Tchachma Ayoub, «la source du prophète Job» est à 200 mètres du mausolée des Samanides. La promenade est agréable car les deux mausolées se situent sur le territoire du parc. En suivant l’allée menant au mausolée, vous pouvez apercevoir du côté gauche les parties conservées du rempart de Boukhara et l’une des onze portes de la ville, la porte Talipatch.

Le mausolée doit son nom au puits (tchachma) qui aurait été creusé par  le prophète Job, appelé Ayoub dans le monde musulman. Reconstruit plusieurs fois au cours des XIV- XVe ss., le mausolée se compose de quelques salles, dont la salle, où se trouve la tombre présumée de Job, et la salle avec  le puits à l’eau bénite. Les petites voûtes à base des stalactites de stuc en trois étages, qui forment la zone transitaire entre le mur et la coupole, ont été réalisées en maître. De l’extérieur, c’est le dôme conique qui saute aux yeux par sa forme insolite pour Boukhara. Aujourd’hui, le mausolée abrite le musée de l’eau.

Le bâtiment d’en face dans le style pseudosamanide est le Mémorial de Al – Boukhari, l’une des plus grandes personnalités de l’islam dont le recueil de hadith, «propos et actes du Prophète», est considéré comme le deuxième livre de la religion islamique après le Coran. Le bâtiment représente un livre gigantesque ouvert, allusion à son ouvrage «Al Djami as-Sahih».

Une petite ruelle ombragée de mûriers amène les visiteurs à la mosquée Bolo – khaouz.  Le bâtiment de la mosquée (1712) n’a pas conservé son décor d’origine et n’est qu’une construction banale déformée en résultat des travaux postérieurs. L’élégance de cette mosquée en activité est due à son iwan à vingt colonnes (déb. du XXe s.) qui, se reflétant dans le plan d’eau, explique son second nom «Tchil Souton», «la mosquée a Quarante colonnes». La décoration du plafond de la mosquée est luxueuse. Le petit minaret (déb. du XXe s.) souligne le statut de la mosquée.

Un ancien château d’eau (XXe s.) gâche un peu le panorama de l’ensemble si vous voulez le photographier de la hauteur du rempart de l’Ark, la résidence des gouverneurs de Boukhara. La première citadelle était apparue ici à l’aube de l’ère chrétienne et, depuis, elle n’a pas changé de place. Occupant au début du XXe s. le territoire de 4 hectars, la citadelle accueillait 3000 habitants et avait toute une infrastructure d’une petite «ville» dans la ville de Boukhara: bâtiments administratifs, Hôtel des Monnaies, salle de réception, harem, quarties résidentiels, mosquée, cimetière, prison. Beaucoup de ces bâtiments servent aujourd’hui de salles  d’exposition du musée régional de Boukhara. La visite de la mosquée et de la salle de réception ne sera pas du temps perdu. La citadelle avait deux entrées: la porte est et la porte ouest. C’est la porte ouest, l’entrée d’honneur, qui s’est conservée jusqu’à nos jours. Une grande salle avec une terrasse, «pavillon de musique», au-dessus de l’entrée accueillait des musiciens qui jouaient des airs divers en fonction des circonstances: l’apparition, l’arrivée ou le départ de l’émir; les défilés militaires; l’appel à la prière; la lecture des arrêtés des gouverneurs; les fêtes et les exécutions.

La place Réghistan devant l’Ark, un peu vide aujourd’hui, était à l’époque très animée avec ses marchés, médersa et mosquées.

L’ensemble Poï - Kalian, «au pied du Grand», se situe à 10 minutes de marche vers l’est depuis  la place de la citadelle et comprend le minaret Kalian (kalon, en tadjik) (1127), la mosquée Kalian (1514) et la médersa Mir-i-Arab (1535). Le minaret Kalian est l’élément organisationnel de l’ensemble. Haut de 45,5m, il est bien ancré grâce aux fondations de 10m de profondeur. Construit en forme cylindrique avec la lanterne qui surplombe, il ressemble à un point d’exclamation gigantesque, l’appréciation de la maîtrise de l’architecte et de la maestria de son œuvre. Le tronc du minaret légèrement conique (9m de diamètre à la base et 6m à la base de la lanterne) est couronné d’une lanterne à 16 baies qui s’appuit sur un système de stalactites. Des bandes décoratives en briques cuites aux motifs géométrique et épigraphique couvrent le tronc du minaret.

La mosquée Kalian a le statut de mosquée du Vendredi et quand était en activité, elle pouvait accueillir jusqu’à 12 000 fidèles. Le portail principal richement décoré de mosaïques aux couleurs diverses rappelle les motifs des tapis de soie iraniens. Une grande cour offre son hospitalité, très agréable en été, dans la galerie soutenue par 208 piliers en briques cuites dont le toit est décoré de 288 dômes. Toutes les surfaces de la cour sont revêtues de carreaux de mosaïque.

La médersa Mir-i-Arab qui fait face à la mosquée est en activité et reçoit les garçons. Elle est considérée comme la plus importante (enseignants, méthodes, bibliothèque) école coranique de toute l’Asie Centrale. Deux dômes de couleur turquoise encadrent le portail d’entrée couvert de mosaïques.
Derrière le minaret, du coté sud, la médersa construite en 1914 sur l’ordre de l’émir de Boukhara Alim khan sert de bibliothèque pour enfants.

Non loin de l’ensemble Kalian au cœur d’un quartier traditionnel, «mahalla», en ouzbek, le visiteur avide de découvertes tombera sur un bijou d’architecture, l’ensemble Khodja Zaïnouddine (XVI e s.). C’est le type architectural qu’on appelle dans le monde musulman khanaka, bâtiment au complexe de bâtiments, servant aux membres des conféries soufies d’asile et de lieu de prière. Le khanaka sert aujourd’hui de mosquée de quartier. La tombe du saint Khodja Zaïnouddine se trouve dans la niche du côté ouest.

Le décor de la mosquée coupe le souffle au visiteur: panneaux de majolique, peintures dorées, système de stalactites, koundal (motifs en relief revêtus de feuilles d’or). La cour ombragée et le bassin attirent le visiteur et le dispose à la méditation et à l’oubli de la vanité de la vie de tous les jours.

La rue qui longe l’ensemble Kalian aboutit à une grappe de coupoles en briques cuites collées à un dôme gigantesque. C’est Tok-i-Zargaron, «la coupole marchande, ou le marché couvert des joailliers», l’un des marchés couverts que Boukhara avait connus au XVIe s. La particularité de ces coupoles marchandes est qu’elles servaient de lieu de fabrication et de vente d’une seule espèce d’articles. Ces toks étaient construits aux croisements de rues animées, surtout au centre-ville. Du XVI e siècle Boukhara garde encore deux coupoles marchandes pareilles: Tok-i-Tilpak Fourouchon, «coupoles des chapeliers», et Tok-i-Sarrafon, «coupoles des changeurs». Les marchés couverts avaient une petite infrastructure et comprenaient obligatoirement une mosquée et des salles pour les ablutions.

Le charme de Boukhara est qu’à chaque pas les voyageurs infatigables découvrent. Vraiment une ville à Mille et Un visages! Une fois passé sous les voûtes de la coupole des bijoutiers, vous trouverez devant deux médersas construites en style koch, c’est-à-dire, en face-à-face: la médersa d’Ouloug Beg (1417),  du côté gauche, et la médersa d’Abdoul Aziz khan (1652), du côté droit.

La première, construite sur l’ordre du petit-fils de Tamerlan Ouloug Beg, trahit tout de suite par la rechesse du décor et l’élégance des formes architecturales le travail des maîtres d’origine iranienne. Une inscription sur la façade principale nous en convainc: l’architecte s’appelait Ismail et il était le petit-fils d’un certain Mahmoud d’Ispahan. Ouloug Beg s’était attiré la haine du clergé musulman en mettant un autre texte sur le bâtiment: «Aspirer au savoir est le devoir sacré des musulmans et des femmes musulmanes».

La médersa d’Abdoul Aziz khan était une des dernières grandes réalisations des architectes de Boukhara avant que cet art ne soit tombé en décadence. De plan classique, la médersa frappe d’étonnement les visiteurs par son décor porté au sublime: mosaïques formant des vases avec des fleurs, symboles du bonheur éternel, motifs ornithomorphes, stalactites ornées d’étoiles. La salle  de cours, du côté gauche de l’entrée, est décorée de peiture murale représentant les paysages de la Route de la Soie. La mosquée de la médersa, en face de la salle de cours, est décorée de peinture murale où la couleur jaune  prédomine. La visite d’une cellule dans la cour de la médersa permettra d’apprécier le local d’habitation des étudiants.

La partie de la ville située entre Tok-i-Zargaron et Tok-i-Tilpak Fourouchon, à l’autre éxtrémité de la rue, était à l’époque le centre commercial de Boukhara ce qui explique le bon nombre de magasins de deux côtés de la rue.

Il est impossible de ne pas s’arrêter devant la forge pour admirer de vrais articles de Boukhara, les couteaux et les ciseaux qui... coupent très bien.
A vingt mètres de la forge, se dresse un grand marché couvert, Tim d’Abdoulla-khan II (XVIe s.) où, à l’époque, on ne vendait que des soieries.
La galerie de miniatures et l’épicerie méritent une petite  halte avant de s’introduire dans la coupole des chapeliers où, malgré son nom, on peut trouver un peu de tout et très peu de couvre-chefs. La découverte de Boukhara la noble ne sera pas fini sans visite de l’ensemble Liabi-Khaouz.

C’est le lieu préféré des habitants de la ville, un vrai centre-ville qui grouille de monde le soir. Les boukhariots viennent là-bas avec toute la maisonée pour se promener, manger les chachlyk, boire du thé ou... de la vodka installés à table, ou sur les tchorpoï, grands lits en bois sculpté.

Le khaouz, «réservoir d’eau», le noyau de l’ensemble, qui date du début du XVIIe s., crée, grâce à ses jets d’eau et des muriers plusieurs fois centenaire, un climat agréable. Le monument d’architecture le plus ancien de l’ensemble, la médersa  Koukeldach (1568), est la plus grande école coranique de Boukhara. Les mosaïques de la façade donnant  sur la cour intérieure sont d’une rare beauté. La khanaka Nadir Divan-begui (déb. du XVIe s.), qui accueillait à l’époque les derviches, étonne par son mihrab, «la niche indiquant la direction de la Mecque». La médersa Nadir Divan-begui (déb. du XVIe s.) date de la même période que la khanaka. Le bâtiment avait été conçu comme un caravansérail ce qui explique son plan: absence de salle de cours, de mosquée, de bibliothèque, de couloir d’entrée. Son tympan en mosaïque représentant deux oiseaux des traditions iraniennes avec leurs proies dans les serres et un soleil aux traits mongoïdes, captive.

La statue de Khodja Nasreddin, personnage du folklore oriental, figure sur toutes les photos prises par les touristes à Boukhara.

Les touristes curieux peuvent flâner dans le dédale des ruelles du quartier juif qui se situe au sud de l’ensemble Liabi-Khaouz et visiter la synagogue. Ne manquez pas de visiter l’atelier de marionnettes devant lequel vous passerez.

En suivant la direction ouest, vous arriverez à la troisième coupole marchande, «Tok-i-Sarrafon»,  «coupole des changeurs», occupée par des vendeuses des objets de fabrication artisanale.

A quelques dizaines de mètres de la coupole des changeurs, se cache la «mosquée dans le fossé», Magok-i-Attari,  construite au  XIIe s. Et reconstruite quatre siècles plus tard. La façade principale est mise en relief par un luxueux portail gardant encore certains éléments de décor d’origine en terre cuite non glaçurée et en briques cuites. L’influence de l’art zoroastrien est évidente dans la décoration de la mosquée. Le plan  de Mogk-i-Attari est rectangulaire, étiré de l’est à l’ouest. Le portail d’entrée du côté est, construite en 1547, n’est pas utilisé. Découverte en 1935 pendant  les fouilles, la mosquée n’est plus revenue à son activité de mosquée et sert de musée de tapis.

A voir

Le mausolée Bouian-Kouli-khan (XIVe s.) dont le pechtak, le tympan, est luxueusement décoré d’éléments en terre cuite graçurée.

La mosquée Baland (XIVe s.), une des plus belles mosquées de quartier de Boukhara au plafond fastueusement décoré.

Tchor Minor (1807), «quatre minaret», quatre tours qui marquaient l’entrée d’une médersa. Malgré sa petite valeur architecturale la construction produit un effet d’intimité.
Maison de Faïzoulla Khodjaev (fin du XIXe s.), un des meilleurs échantillons de l’architecture des bâtiments d’habitation.

Dans les environs

Le palais Sitora-i-Mokh-Khossa, «le lieu de rendre de la Lune avec des Etoiles», est une des résidences d’été du dernier émir de Boukhara Alim-khan. L’architecture du palais qui cumule le russe et le style oriental est  un peu  éclectique et produit un charme  étrange. Construite en 1914, le palais  comprenait plusieurs cours, dont quatre ont survécu jusqu’à nos jours. La «salle Blanche», où avait lieu les réceptions, doit son nom aux éléments décoratifs en gantch blanc plaqués sur des miroirs. D’autres salles du bâtiment principal servent de salles d’expositions des objets des arts décoratifs. Itchkari, la partie du palais réservée aux femmes de la famille, abrite le musée du Costume traditionnel. Le bâtiment du harem sert de musée de Broderie.

L’ensemble Bakha ad-din Nakchbandi (XVIe - XXe ss.) est le lieu de pèlerinage des musulmans du pays à cause du mazar, la tombe, du saint homme Bakha ad-din. Trois pèlerinages à sa tombe sont l’équivalent d’un pèlerinage à la Mecque.

L’ensemble Tchor Bakr (XVIe s.) est un autre haut lieu de pèlerinage des musulmans. Le charme de l’ensemble résulte de l’alternances des grandes constructions comme mosquée et khanaka et des petites formes come hazira, de petites cours avec des tombeaux dedans. Les fragments des mosaïques d’origine disent long sur l’originalité du décor d’antan.